Analyse et mise en perspective de deux systèmes de production

Dans un monde en perpétuelle croissance démographique et dans un contexte de rareté des ressources naturelles, le défi de la sécurité alimentaire mondiale est de plus en plus préoccupant. Face à cette situation et aux graves crises qui en résultent, l’enjeu au niveau mondial est de promouvoir des systèmes de production et d’alimentation aptes à concilier performances économiques, sociales et environnementales. On constate qu’au cours de ces dernières années, les options politiques retenues dans plusieurs pays africains comme le Sénégal, sans remettre en cause fondamentalement le rôle des exploitations familiales, semblent plutôt miser sur les agro-industries qui sont perçues comme le passage obligé pour l’atteinte des objectifs de sécurité alimentaire. Ces nouvelles orientations suscitent des questionnements :

  • dans quelle mesure ces deux systèmes de production répondent-ils aux défis de l’insécurité alimentaire, du chômage, du rééquilibrage de la balance commerciale et à la durabilité sociale et environnementale ?
  • dans quelle mesure ces deux systèmes de production peuvent-ils cohabiter ?
  • quelle politique agricole pour relever ces défis ?

L’étude a montré que les exploitations familiales se caractérisent par leur capacité à s’adapter aux effets des sécheresses et des crises alimentaires. Cependant, elles doivent faire face à la libéralisation de l’économie qui accroit leur vulnérabilité, avec une baisse continuelle des revenus. Cette tendance limite leur capacité d’investir pour assurer la modernisation des exploitations. Quant aux agro-industries, elles constituent des entités hétérogènes, avec des modes d’accès au foncier différents et des impacts variés. Contrairement aux idées reçues, les agro-industries ne sont pas des entités homogènes. Chacune d’elles a son identité propre et une trajectoire d’évolution spécifique. Des entités permettent la création d’emplois en milieu rural. Toutefois, les types d’emplois créés et les conditions de travail sont souvent décriés par les employés. Par ailleurs, l’orientation prioritaire accordée à l’exportation de la production agricole tend à limiter la contribution de ces unités au renforcement de la sécurité alimentaire du pays concerné.

Ces dernières années, de nouvelles formes de relations se sont développées entre les agricultures familiales et les entreprises du secteur agroalimentaire, généralement appelées « agriculture contractuelle ». Ces relations, sous réserve d’être suffisamment « encadrées », semblent offrir de nouvelles perspectives sur le plan de l’appui à la modernisation des exploitations familiales et de leur insertion au marché. Cette évolution contribue à définir les contours d’une troisième voie qui se situe au-delà de l’opposition habituelle entre exploitations familiales multifonctionnelles et entreprises à vocation économique et commerciale.

Quel que soit le modèle retenu (exploitations familiales, agro-industries, agriculture contractuelle), il est indispensable que le pays définisse sa vision, sur la base d’un dialogue approfondi avec les organisations professionnelles et la société civile, car il s’agit d’un choix public majeur.

Dans ce cadre, les exploitations familiales offrent une opportunité inestimable permettant à l’Etat d’atteindre les multiples objectifs fixés dans le cadre du Plan Sénégal Emergent. Pour y parvenir, des préalables doivent être posés. Il s’agit entre autre de :

  • l’accompagnement des exploitations familiales pour un accès plus facile aux intrants, particulièrement à l’eau, aux technologies, aux compétences culturales, managériales et commerciales et aux investissements en vue d’améliorer leur productivité ;
  • la réorientation de l’approche des politiques agricoles vers les exploitations familiales et l’agro écologie.

Ces préalables conjugués à une bonne politique foncière peuvent permettre aux exploitations familiales de jouer pleinement leur rôle dans la sécurité alimentaire et la promotion de l’emploi des jeunes, sans qu’elles ne soient menacées par l’installation progressive des agro-industries.

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